Un train qui part de Nantes, je suis assis en face de deux familles. La première famille est plutôt sous pression, la grand mère reproche à ses petits enfants d’être agités. Elle les rabroue souvent et elle ira même jusqu’à leur dire que c’est la dernière fois qu’elle s’en occupe. Les enfants alternent entre des moments de grande agitation et d’autres de mutisme, de docilité.

La seconde famille est, vous l’aurez compris, bien différente. Le décalage est saisissant. Une mère est avec ses deux enfants, elle les écoute et les regarde avec attention. Elle apprécie leur présence et leur possibilité à être. Les enfants jouent ou dessinent. Ils sont calmes mais ne sont pas dociles, apathiques. Ils se consacrent pleinement à leurs jeux ou à leurs dessins. La maman n’aura d’ailleurs à faire que très peu de rappel des règles et du cadre. Comme si dans la première famille, la seule possibilité de se déployer, d’être en mouvement, était de jouer avec le cadre, avec la discipline de la grand mère. Alors que dans la seconde famille, il y a une ouverture dans le jeu, dans la création, et que le cadre n’est plus un vis-à-vis, une réalité à affronter ou à subir mais un réel soutien.

Bien évidemment, il ne s’agit pas de blâmer la grand mère de la première famille, qui est sans doute bien démuni et qui fait avec ses moyens, et ce qu’elle connait de la relation aux autres et aux enfants.

Mais il s’agit de voir le prodige de la création, où les choses deviennent faciles et où enfin les êtres se rencontrent.

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