Pablo Escobar est un personnage fascinant. Et j’ai cherché à expliquer pourquoi il plait autant et pourquoi il m’intéresse. Je n’ai pas pour habitude de regarder des séries, mais je suis tombé par hasard sur la série américaine « Narcos » et j’ai vu l’intégralité de la première saison en quelques jours. J’en profite pour préciser que je ne souhaite pas faire l’apologie de Pablo Escobar qui est un criminel et un terroriste. Mais il faut bien reconnaître qu’il n’y a pas que les illustres personnages comme Nelson Mandela ou Gandhi, reconnus comme étant foncièrement bons, qui parlent de nos désirs, avoués ou inavoués, de nos rêves, réels ou fantasmés. Il y a aussi quelques fois les bandits.

Pablo Escobar est de ceux là. De ceux qui nous fascinent, nous intriguent, nous questionnent.

Il est né en Colombie du côté de Medellín et il a réussi dans les années 80 à devenir le leader du trafic de drogue et le chef du cartel de Medellín. Il devint même multi-milliardaire. Ce qui m’a plu tout d’abord chez lui, c’est sa dimension romantique. Il aurait pu se contenter de gérer sagement sa fortune en bon rentier. Mais il a choisi un tout autre destin en tentant de devenir Président de la République de Colombie. C’est bien ce que caractérise les romantiques, ce sont des rêves démesurés, hors les normes, au delà de la raison. Comme Julien Sorel, dans le Rouge et le Noir, qui souhaite quitter son pays natal pour rejoindre le grand monde et suivre les pas de Napoléon. Un projet à la hauteur de son rêve. Et une nostalgie poignante d’un destin national à reconquérir, qui rappelle la toute puissance de l’enfance, cet Eden abandonné. Cela le rapproche de certains dictateurs comme Fidel Castro qui voulait conquérir le pouvoir pour faire corps avec sa nation et son peuple. Le romantisme d’une totalité oubliée.

Mais c’est aussi un romantisme plus heureux, plus malicieux qui avec l’humour et la poésie se joue de la raison. Pablo Escobar a fait construire sa propre prison et a fait croire au simulacre de sa détention. Le romantisme, c’est un parfum d’ailleurs qui nous extirpe du quotidien paresseux et triste.

Comme deuxième caractéristique à retenir chez Pablo Escobar, c’est sa dimension sauvage, mais Sauvage au sens noble. Ce qu’a gagné l’homme occidental du XXI ème siècle avec la civilisation, il l’a perdu avec sa fibre sauvage. Alors comme moi, il admire l’homme d’Amérique latine, et Pablo Escobar en est un parfait exemple de l’homme intrépide, fougueux et sanguin, qui fait des virées en 4×4 ou en hélicoptère, qui est amoureux de sa terre et de ses montagnes, de l’homme qui a un zoo chez lui avec des zèbres et des hippopotames. L’homme citadin moderne aseptisé au politiquement correcte a difficilement accès à sa dimension sauvage. Il n’a plus que son malheureux portable et son vulgaire casque audio.

Si je devais retenir une troisième caractéristique qui parle bien de l’aura de ce personnage, c’est sa dimension mythique. Et mythique parce que justement, Pablo Escobar incarne aux yeux de ceux qui l’ont côtoyé et du grand public, un peu plus que ce qu’il est réellement. Un peu plus qu’un narco trafiquant. Et c’est le propos de mon texte. Il représente aux yeux du public une autre signification de lui même (des représentations protéiformes), une sur-réalité.

La population pauvre de Medellín projette sur lui l’image d’un Robin des bois des temps modernes qui se préoccupe du sort des plus défavorisés. Ses lieutenants (les socios) projettent sur lui l’image d’un homme qui rassemble, qui attribue un rôle social, voire même qui donne un sens à la vie pour certains.

C’est une sorte de roi thaumaturge ou de seigneur de notre Moyen Age occidental.

Dans un épisode de la série, une famille ira même jusqu’à réaliser l’effigie de Pablo Escobar en saint à adorer. Pour terminer sur la dernière caractéristique d’un personnage tel que Pablo Escobar, je parlerai du lien étroit qu’il a avec la mort. Il le dit plusieurs fois dans la série « Narcos » : il préfère mourir en Colombie que vivre en prison aux Etats Unis. C’est toute la question qui se pose avec Achille dans l’Iliade d’Homère : vaut-il mieux mourir jeune dans un combat héroïque, au faite de sa gloire ou avoir une vie longue et paresseuse ?

Avec Pablo Escobar, c’est la vie intrinsèquement liée à la mort.

C’est d’ailleurs ce qui lie ce personnage à tous les autres de la série : les agents de la DEA, les hommes politiques et le chef de la police à Medellín. Ils ne seraient rien les uns sans les autres. D’ailleurs dans « Un Flic », Jean-Pierre Melville fait dire au personnage joué par Alain Delon que tous les protagonistes, policiers comme bandits s’inspirent mutuellement.

La vie, avec eux, se risque au contact de la mort et elle acquiert ainsi tout son poids et tout son sens.

 

Voilà ce que m’a inspiré cette série et ma réflexion sur le personnage de Pablo Escobar.7e705076d9

Publicités